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Décembre 2001 - Numéro
1 - Culture
Talal
A.D.
Ras El Nabeh
Interview : le
patrimoine et le théâtre de Rafic Ali Ahmad
Pour
notre journal “Spécial Huit”, l’acteur, le “
Hakawati” Rafic Ali Ahmad a bien voulu répondre aux questions de notre
camarade Talal A. D. Nous l’en remercions infiniment.

S 8 - Nous savons que le
patrimoine du Sud Liban, vous a particulièrement inspiré, pourquoi ce
patrimoine en particulier ?
R. Ali Ahmad - La littérature et l’art sont l’expression d’un
milieu social donné, de la culture d’une société. Or nous ne pouvons
exprimer le général dans cette culture qu’à travers le particulier.
Quand nous racontons un événement, nous avons trois éléments :
des personnages, un temps et un lieu. Lorsque, dans mon théâtre, je fais
un récit quelconque, je raconte un événement quelconque, je le fais à
partir de ce que je sais de cet événement, et comme je suis originaire
du sud, la plupart de mes récits ont leur source dans cette région. Mais
la valeur essentielle de mon théâtre est que je transmets l’événement
qui touche la conscience et la mémoire de la plus grande fraction de la
société. Par conséquent, le spectateur, qu’il soit libanais ou arabe,
se voit dans ce que je raconte, et ainsi, je passe du particulier au général.
C’est ça le critère de la réussite de la littérature ou de l’art.
S8
-
Qu’est-ce qui caractérise
la personnalité du “Hakawati”
? D’où
vient-il
? De quelle époque ?
R. Ali Ahmad – Le conteur existe depuis l’aube de l’humanité.
En résumé, le conteur était un beau parleur, sa façon de raconter se
distinguait de celle des autres. Il y eut même dans certaines sociétés
plusieurs conteurs à la fois, mais des différences apparaissaient entre
eux selon les sujets qui attiraient l’attention du public et selon le
style de la narration. Le nom du conteur diffère aussi d’un pays à un
autre, en Egypte, par exemple, c’est le “samer”, au Maroc, le “ghiddawie”,
au Liban, en Syrie et en Palestine c’est le “hakawati”.
S 8 - Le conteur n’a plus
d’existence réelle dans notre société actuelle. Pourquoi avoir gardé
ce personnage dans votre théâtre ?
R. Ali Ahmad – Quand je veux poser un problème, je veux le faire
devant une grande partie de la société à laquelle j’appartiens.
J’ai voulu poser des problèmes qui toucheraient la plupart des
fractions sociales sur les plans sociaux, politiques, etc… et comme le
Hakawati racontait des événements liés d’une façon ou d’une autre
à des questions sociales, j’ai voulu joué ce rôle et être moi-même
le conteur. Dans le théâtre actuel, le conteur possède des traits
modernes. Ses récits ont des rapports avec l’état actuel de la société,
de plus les techniques que nous utilisons sont elles aussi modernes, comme
la photographie par exemple.
S 8 - Quelles ont été
vos références pour écrire vos pièces de théâtre ?
R. Ali Ahmad - Les sources sont nombreuses. Certaines remontent à des
époques révolues, d’autres sont religieuses : le Coran et l’Evangile
plus particulièrement. Certains textes font référence à l’époque préislamique
comme les récits héroïques, ceux qui exaltent des hauts faits d’armes
ou aux “Mouallakates”…
S
8 -
Quels personnages et
quels sujets sont traités plus particulièrement par le “Hakawati” ?
R. Ali Ahmad – Les personnages et les sujets différaient selon les
milieux. Il y avait les récits populaires de la tradition orale qui n’étaient
pas écrits en arabe classique, mais qui étaient racontés dans les
dialectes des différents pays. Ils arrivent à nous et nous les disons
dans notre propre langage. Les héros de ces récits étaient des gens du
commun, mais en passant d’un conteur à un autre et d’une génération
à une autre, on ajoutait ce qui n’y était pas au départ, apparaissait
ainsi un nouveau personnage qui devenait le centre du récit. Nous voyons
que l’expression “Il était une fois…” a existé dans la littérature
de tous les peuples. Le Hakawati a parlé du Roi Biberse, du El Zir
Salem…
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